La Fuste* (poutre) de Cabasse , à deux pas de chez moi

Publié le 12 Décembre 2015

 

 

Il y a un temps où j'écrivais pas mal de cagades dans ce genre, si mes souvenirs sont encore bons je vous expliquerais "pourquoi les mouches ne s'assoient pas par terre dans un bar"
 
LA FUSTE* DE CABASSE
 
Bon Dieu que cette paillasse  est dure se  dit lou gran Zé en se réveillant il faudra que je la rembourre  avec de la bonne paille un de ces jours.
Zè, diminutif de joseph était un homme robuste et très rustre qui louait ses bras pour tous les ouvrages , aussi bien agricoles et de  bûcheronnage , que pour les travaux du bâtiment.

 

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En ces années 50 le boum immobilier  était encore  aussi loin que Mars et la crise financière , dans une autre galaxie, nul ne se doutait de ce qu'il allait arriver. Alors on retapait doucettement afin que les maisons ne s'écroulent pas complètement.
Les travaux de maçonnerie étaient essentiellement à visée agricole ou du rafistolage de maison. Point de grands travaux, juste quelques emplâtres de ci de là. Beaucoup de paysans faisaient ces travaux tout seul ou aidé par un manoeuvre, et vous savez il fallait faire "petit", c'est à dire pas cher. On travaillait comme des tchapacans* car personne n'avait appris. Faire appel à un maçon  , couquin dè sort, cela coûtait cher, il fallait casser la pignatte pour le payer.

 

Donc Zé ce jour là devait aider un paysan du village de Cabasse à poser une fuste* entre deux murs pour consolider un cabanon qui menaçait de s'écrouler. Il était un peu en retard car il était passé au bar se jeter quelques rouges dans le gosier, à l'époque le vin était encore considéré comme aliment pour les travailleurs de "force".
 
Moult coups de pédales plus loin,  il arriva sur le chantier où il trouva le "patron" en train de se taper son déjeuner matinal sorti de son carnier*, quelques oignons blancs, du pain et un morceau de lard, et la bonbonne de rouge évidemment.

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Le café on connaissait pas , ici tout carburait au rouge pas cher. donc Zé en profita pour se "charger" un peu en prévision du travail de la journée.
Il fallait faire deux trous face à face pour introduire une poûtre, ce que ces deux couillons ne savaient pas c'est qu'il fallait faire un trou plus profond que l'autre afin que la fuste ait le débattement nécessaire pour porter également sur les deux murs.
Le paysan avait coupé une belle pible* bien droite et plus longue qu'il ne fallait, car il couperait ce qui serait en trop.

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Lei traou ben fa mé la massette et mé l'aiguille* (les trous bien fait avec la massette et l'aiguille) il fallut faire renter cette poutre. Fan de pute , pas de mètre pour mesurer.
Cela n'aurait pas trop changer la choses car les mètres pliants en bois sont toujours amputés sur leurs dix premiers centimètres (bizarre constatation mais c'est bien vrai),  la faute aux accrochages répétés, alors  le système métrique et bé il n'est pas trop juste ici , cela dépend 96, 88,ou 94 cm peut être, et cela était source de bien de calculs compliqués pour arriver à "tout faux" en général. Même ceux qui avaient  le Certificat d'étude en poche ils étaient mal barrés avec des mètres de ce genre.
Qu'à cela ne tienne, nous avons les mesures anciennes, lou pan (empan*) lei dès (les doigts) la tible (truelle) et la martelette, et puis la ficelle.

Merdarum pas de ficelle.

Et voici ces deux ensuqués, un par l'alcool et l'autre  de naissance , sans doute , qui essaient de mettre cette fuste en place.
- oh zé combien il faut en couper ?
- per lou moument , une martelette, une tible quatre dei, et enca paou (pour le moment , une martelette, une truelle quatre doits et encore un peu)
Encore un peu représente les millimètres je pense !
Et zou un coup de loube* per enléva lou mouceou (pour enlever le morceau)
- fan de chichourle elle encore trop longue
Et re-zou  maï * un coup de loube.

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Tchilin, tchilin*, ils se rapprochaient avec des mesures bien à eux , genre encore un poil de couille et c'est bon.
A la fin la fuste entra, mais au moment de la poser dans les trous , Le paysan était court, il tira un peu et c'est le coté de Zé qui sorti du trou.
- Oh maistre, es un paou fouar aco  cresi qué la fuste es un paou courtou deï deu cousta. (oh maistre* c'est un peu fort ça, je crois que la poutre est un peu courte des deux cotés)


Cette histoire alimenta longtemps tous les Bars , Caroulets* et autres maldisants du coin. Depuis lorsque les choses se présentent mal on dit : coumo la fuste dé Cabasse, couilloun

 

 

La génération McDO, Malboro, Carambar , Laser et Net  ne connaitra  pas ça, dommage , ça fait de beau souvenirs


*Fuste : poutre de chêne pour les riches et en  résineux pour les pauvres
*Carnier : en général gibessière (gibasse veut dire grosse bosse en grovençal, gibe = bosse, Gibù = bossu) en cuir, mais qui servait à tous les usages
*Pible : peuplier

*Empan : mesure ancienne mais encore employée en Provence, distance représentéepar la main grande ouverte entre l'extrémité du pouce et du petit doigt, environ 20 cm
*Loube : scie à deux mancherons à la lame souple , peux s'utiliser pour refendre des planches ou abattre de gros arbres
*Maï : encore
*Tchili-tchilin : doucement , pas vite mais surement
*Maistre : ici n'est pas employé comme maître , mais putôt comme  "oh, l'homme", ou chef
*caroulet : lieu où se rassemble des personnes tous les soirs pour "papoter" de tout et de rien , mais qui vous "habille" vite fait  (je ferai un article sur les caroulets qui disparaissent)

Rédigé par La Cachina

Publié dans #Galèjades

Commenter cet article

Liliane 13/12/2015 12:36

Je file en cuisine... Ils ne vienne pas manger aujourd'hui et repartent demain matin. Je t'enverrai un mail ensuite ! J'attends impatiemment le dépanneur en espérant avoir mon four en état pour Noël !
RÔOOoooo bisousssSSSS.

Liliane 13/12/2015 19:22

Des cèpes... Quel parfum ! C'est ce que je préfère je pense... Une pintade c'est très bon aussi ! Quel festin ! Tu m'en laisses une part, le temps que je fasse la route !
Belle soirée au Sud. RÔOOoooo bisousssSSSS mon Jupinou.

jupi 13/12/2015 19:08

en effet liliane, noël arrive plus vite qu'on ne croit.
je croise les doigts pour ta vitre

rooooo bisous

demain je fais une pintade aux cèpes

galinette 13/12/2015 00:16

Bonsoir
Tout dabord un bonjour de pignans!!!

Message destiné à Mimi de cherbourg
j ai une recette des brassadeau

Pour 25 pièces
500 grs de farine
5 oeufs
30 grs de levure de boulanger
80 grs de sucre
50 grs de beurre
7 grs de sel

Faire fondre la levure avec un demi verre d eau
Melanger les ingrédients à la levure, pétrir et former une boule homogène

Repos 2h
Rabattre la pâte et laisser reposer 1h

Former des anneaux d une dizaines de cm de diamètre, les pocher à l eau bouillante, laisser secher et cuirevune dizaines de min à four chaud

Cet échaudé très ancien, se fait pour toutes les fêtes, en particulier pour les fêtes patronales

Bon apètit

Adesias

Galinette

mimi de cherbourg 13/12/2015 10:50

O.K. MILLE FOIS MERCI LES AMIS... JE VAIS LES ESSAYER UN DE CES JOURS ! C'est tout à fait ce que je connaissais pour les fêtes et je ne sais pas si ça se fait encore.. vu la profusion de gâteaux en tous genres maintenant, mais moins bio que les anciens !.

jupi 13/12/2015 07:09

merci galinette, j'espère que mimi verra ce message
bonne journée

Nathalie 12/12/2015 22:55

Du petit lait cette histoire.
Et tous ces mots que j'adore tels "tchilin, tchilin" (ça me fait penser à ces dames au popotin un peu développé et qui marchent en se dandinant gentiment), carnier (clin d'oeil à mon papa dans l'au-delà), maistre (on en a quelques uns de maistres dans les villages, maistres de tout, maistres de rien !!), la gibe, ....
Merci et ...... une autre, une autre, une autre !!!!!

jupi 13/12/2015 07:13

et bé oui Nathalie, c'était notre parler, avant, il disparait, c'est dommage

une autre, il y en a sur google, tapes : tipi la cachina, c'est en deux morceaux

Le dépannage du Tipi - La Cachina - Overblog

danièle brignoles 12/12/2015 20:32

quel régal d'autant plus que je suis de cabasse j'y suis née et j'y vais toujours chez ma soeur bisous

jupi 13/12/2015 07:14

j'ai ma belle soeur à cabasse, la ffemme de Matésic bernard.
ces galèjades seront bientôt bien oubliés danièle.
Bisous

christ 06 12/12/2015 18:35

Au fur et à mesure que je lisais ton histoire, je voyais dans ma tête, les 2 personnages, habillés avec la casquette, et les bretelles , discutant sur l'avancée des travaux, avec de grands gestes, et mesurant à leur façon. C'était bien sympathique. Bisous Chris 06

jupi 13/12/2015 07:16

c'est bien de faire son story board au fur et à mesure, ces "histoires disparaissent" quels dommage.
Bisous, patrick

Mimi de Cherbourg 12/12/2015 17:30

Oh collègue ! En direct live de Cherbourg en Cotentin : j'ai découvert votre blog il y a quelques jours, et avec vos recettes et vos blablas, je suis chez moi, car exilée chez les Normands depuis 1967... mais mon coeur est toujours là-bas, à plus de 1000 km d'ici... J'aime votre blog, j'aime votre blog, je me le répépète encore, j'aime vos recettes qui sont toute mon enfance, au pays du nougat, plus précisément. Que de bons souvenirs de Noël remontent, ce n'était pas tout ce commerce, et seules les corbeilles de bugnes, les mandarines et les papillotes sont ce qu'il y a de bons pour marquer cette fête ! On est loin de toutes ces con...actuelles. Si vous avez un coup de blues, patience... ça reviendra et je vous encourage ! J'ai découvert votre blog en recherchant une recette de croquants aux amandes qu'on appelle aussi "croquettes du papa Vigne" du côté de Nyons. Je les ai faits, ça m'a toute chamboulée ! Je viens de faire la pâte des navettes. Je recherche aussi une recette de "brassados" (peut-être connaissez-vous ?) On les achetait chez le boulanger au moment de la Fête Dieu, me semble-t-il (?). Biscuit sec en forme de petite couronne qu'on se mettait au poignet avant de les croquer. Amitiés

jupi 13/12/2015 13:36

ça alors, des mimosas !
je suis à 30 km à vol d'oiseaux de st tropez, et ici pas de mimosa , ni palmiers, seulement des palmettes, pas de châtaigner, pas d'arbousier peu de bruyère

et on a pas le gulf stream

amitiés

mimi de cherbourg 13/12/2015 10:55

merci beaucoup de la "dépanne" brassados ! A Cherbourg : on pleure quand on y arrive et s'il faut en repartir, on pleure aussi... Je ne regrette pas que le travail m'ait amenée ici où j'ai finalement fait ma vie. La région est magnifique et nous avons les mimosas qui commencent à fleurir ! Beaucoup de palmiers et d'ALOES. Pas d'hiver froids grâce au gulf stream. A visiter absolutely ! Amitiés

jupi 13/12/2015 07:18

il y a galinette qui vient de mettre la recettes des brassado dans le premier commentaire de l'article

bonne journée

jupi 12/12/2015 17:52

c'est un très gentil message Mimi, j'avais un ami qui était allé au service militaire (70) à cherbourg, le premier jour, à onze heure les lampadaires étaient encore allumés, il disait on peut pas vivre ici, il a rencontré une jolie fille et depuis il vit la haut.
Oui Noël n'est plus que commercial, bien loin de nos noël simples.
Pour "brassados" je ne connais pas le mot, mais peut être cela se connait sous un autre nom, je vais chercher
brassado veut dire "brassée" je pense, peut être un fagot aussi, des sarments d'oranges confites enrobés de chocolat

à zut j'avais pas lu, donc bracelet, c'est peut tout bonnement la pâte à navettes

comme bien sur, il y a plein de recettes mais comment reconnaitre la bonne , le Net c'est tout et n'importe quoi, voici un lien sur des images, je pense que c'est une p^te levée

https://www.google.fr/search?q=brassado+recette&safe=off&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwiZhoWm49bJAhXGaRQKHT0WCisQ_AUIBygB&biw=1150&bih=608

amitiés, Patrick