Haleine d'enfer, ou , Plus jamais ça

Publié le 24 Avril 2016

Haleine d'enfer

 

Quelquefois je broie du noir, et ce cauchemar si réel revient sans cesse

 

Je ne lutte plus, le froid m'aspire, et je me laisse aspirer
Depuis fort longtemps des anges noirs guident mes pas,
Ceux-ci me sont familiers sans pourtant les connaître.
L'endroit où ils me mènent est toujours le même
L'enfer sur terre.
Tout est rouge, la terre, le ciel, l'air
Tout n'est que gémissements
Les arbres pleurent en sifflant de longues complaintes
de sèves bouillonnantes
Les plantes se tordent, les animaux fuient, s'enterrent, ou meurent sous cette terrible chaleur.
Rares sont ceux qui  peuvent s'en sortir
La majorité va mourir. Les oiseaux après un large demi cercle qui les éloigne
replongent délibérément dans le brasier. Les rongeurs, les tortues
tous les petits animaux du sous-bois vont périr.
Les mammifères en cherchant la fraîcheur dans les vallons
mourront asphyxiés par les nappes de gaz plus lourdes qui viennent s'y déposer, ensuite le feu passera calcinant leurs cadavres


J'y suis aussi avec trois de mes camarades, il est 14 heures,
nous sommes dans un petit chemin à St -------, il est 14 heures et il fait nuit en plein jour, la fumée terriblement épaisse nous plonge dans un brouillard opaque et brûlant, les phares sont inutiles, je stoppe le camion car nous ne voyons plus le chemin. Les Risques de tomber dans une fossé ou le ravin qui nous borde à gauche sont trop importants pour continuer en aveugle
Les rafales de vent sont déjà terriblement brûlantes,
le bruit des arbres broyés comme par un bulldozer nous parvient comme un sombre présage
Nous allons lutter pour notre survie, je pense à ma petite fille de 3 ans à l'époque.
La pompe de l'engin est à son maximum, quelques flammes apparaissent, mais l'eau de la lance  passe au travers  des gaz de distillation enflammés.

 

 

La partie est perdue, nous le savons, je dirige la lance canon vers le fossé où nous allons essayer de nous protéger sous la corolle (le vrai nom était la queue de paon, maintenant on dit sous la LDV, c'est encore moins jolie) d'eau de la lance, 4 minutes d'eau à 500 litres/minutes, une goutte d'eau dans cette tempête. Les flammes commencent à passer sous le camion, et je prie, je recommande ma fille au Seigneur, moi qu'importe, mais j'ai peur, nous avons tous peur, parmis mon équipage il y a un jeune sapeur pompier de 17 ans (l'âge légal était de 16 à l'époque) je l'avais persuadé de venir dans les pompiers, malheur, il ne disait rien, et depuis il ne m'a toujours rien dit ni reparlé de cette journée. Puis les  flammes infléchissent leur direction par une bourrasque imprévisible,et passent 10 mètres en avant. Merci mon Dieu.
Nous vomissons, nous sommes "choqués", couverts de cendres et de boue. La pompe du camion fonctionne toujours, il fait une chaleur d'enfer, c'est l'enfer, sans concertation nous commençons à arroser pour refroidir et éteindre ce qui est près de nous, puis plus d'eau, la fumée blanche succède à aux panaches marrons qui passaient il y a un instant encore . Il fait très chaud mais c'est supportable.
Nous resterons à cet endroit plus de deux heures complètement hébétés; un silence masque les bruits (signe d'un choc psyclogique profond, les militaires conaissent bien ce silence)
sans voir âme qui vive, radio en panne , nous sommes terriblement "choqués" , vidés de tout influx vital, nous somme assis ou couchés dans les cendres blanches, ou appuyés contre les roues du camions

Il est 17 heures, un gradé passe qui nous demande si cela a été dur, nous n'avons même pas la force de l'injurier. Il ne voit pas que nous sommes blessés, dans la tête, dans le coeur,  les poils brûlés. Il ne voit pas que la couleur du camion a changée, il voit quoi, il voit qui ?
Casse-toi sale connard !!!

Quelques centaines de mètres plus en arrière (je ne l'ai su que plus tard) il avait un camion aussi.  Ses occupants ont aussi échappé à cette fin tragique, ce camion venait du --- -- ------ .

3 semaines après,  ceux qui avaient échappé à cet enfer sur ce même camion trouvèrent la mort dans le massif du Tanneron, le feu épargne rarement deux fois, je pleure ces camarades, deux d'entre eux avaient le même âge que moi
Oui des camardes  morts calcinés, c'est atroce. Morts pour quelques hectares de collines !

Ceci est malheureusement une histoire vraie pas de la galèjade

Depuis je regarde le feu d'une autre façon , mais les anges noirs m'ont repérés, chaque fois que je retournais sur les feux de forêt.
Maintenant ces anges noirs se font plus discrets
Ils sont derrière, mais toujours là.
Je ne pense pas que ce soient les mêmes.
Je suis fidèlement tous les jours de ma misérable vie, mon Ange Blanc
Celui-ci reste toujours devant décalé un peu à ma droite.
Je ne vois que ses deux grandes ailes blanches.
Ces derniers temps je le vois s'éloigner un peu plus chaque jour
Il me fait un signe pour que je me porte à sa hauteur
Je ne vois plus le chemin
Les anges noirs sont derrière
La lumière de mon ange blanc n'est pas assez forte pour
estomper les ombres qui m'engluent un peu plus chaque jour.
La noirceur se rapproche.
Ce ne sont pas des anges, je le sais maintenant.
C'est la mort aux multiples facettes, qui comme une hyène
ne lâchera plus sa proie.

Déjà je sens un souffle froid, des odeurs délétères.
Non point l'humus où les mousses accueillantes m'attendent.
Endroit où tout le monde pourrait se laisser perdre.
Les faux sont là ? enfin je le pense, je ne me retourne pas.
Non ! Ne pas se retourner, même si mon ange est de plus en plus pâle.
Le suivre toujours , toujours !.
Ne pas céder à la facilité, pour vous laisser porter,
Par les ailes noires de votre destiné que vous avez acceptée . Mieux  vaut des ailes blanches rapiécées qu'un bel oiseau noir lustré.

 


Image d'illustration n'étant pas en relation directe avec le récit, mais cela se

passait aussi sur un feu de forêt du Var. Vous pouvez voir que la protection individuelle du personnel était dérisoire à l'époque. Il a fallut le tragique accident du Tanneron pour que "tous" les engins soient équipées de radios, qu'à bord des engins il y ait des ponchos aluminisés et des masque respiratoires

Actuellement les vitres des engins sont recouvertes d'un film évitant l'éclatement de celles ci, la cabine est refroidie  par une système de pulvérisation d'eau autonome, "l'habillement" est aussi totalement revu et bien conçu, les ponchos renforcés, les masques respiratoires ont été remplacé par un circuit d'air comprimé dans une bouteille et munis de 5 masques , un étant réservé à une victime civile éventuelle. Malgré tout cet équipement le drame de Vidauban en 2003 n'a pu être évité

 

Rédigé par La Cachina

Publié dans #divers

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Tilo 02/05/2016 15:53

Respect

jupi 03/05/2016 11:27

merci Tilo, j'espère que ces situations n'arriverons plus pour les nouveaux pompiers.
Je n'envie surtout pas ceux qui portent secours, et qui se font caillasser .

René MARTIN 25/04/2016 10:23

Bonjour Jupi.
Nous connaissons la force, le courage et l'abnégation des Sapeurs Pompiers. Que cette profession ne soit pas reconnue " métier à risque " est un scandale. J'ai souvent travaillé en collaboration avec eux et tu le sais. J'ai aussi risqué ma vie à plusieurs reprises et perdu des collègues de travail et c'est des souvenirs gravés à jamais et qui resurgissent presque quotidiennement quand tu entends un prénom, un bruit qui te rappelle une intervention, quand tu vois passer un véhicule de service,quand tu as du mal à t'endormir, certaines dates anniversaire,quand tu croises une compagne d'un " disparu " ou ses enfants, les informations télévisées etc.... Tu te demandes pourquoi toi tu es encore là et pas lui , tu te poses des questions à savoir si tu as bien réagi ce jour là ou s'il n'y avait pas mieux à faire...Ce n'était pas votre jour te diront les " personnalités " en te remettant une médaille " en chocolat "...Eux avaient le cul vissé sur une chaise ou dormaient paisiblement pendant ce temps et tu t’entends leur dire merci...Après il faut vivre avec...Heureusement il y a les bons moments partagés qui t'aident à oublier mais jamais bien longtemps. On doit vivre avec ça et c'est tout.

jupi 25/04/2016 10:38

oui, heureusement que les bon souvenirs restent bien présents. Cet accident dramatique aurait été un faute de commandement, j'aurais du refuser car avoir une quelconque médaille sur un cercueil ça ne m'enchantait pas du tout, en plus" tu es responsable de ton équipage" .
Heureusement qu'il y a des miracles René

marie 24/04/2016 23:15

Je viens juste de lire haleine d'enfer , mais trop touchée, la gorge nouée et toutes ces vérités , toujours présentes à ton esprit, animaux ( exactement celà ) et le travail avec la peur au ventre car il n'y a aucune honte à avoir peur ;et ces hommes si bien décrits, je ne peux continuer à répondre maintenant, car, 1 année ou Frejus a étè entouré de 3 feux vous nous avez sauvé, meme par la mer ; mais qd je relis chaque mot, chaque phrase , tout est dit et je continuerai demain , car là les larmes aux yeux aussi je ne peux continuer avec le ventre noué d'une vérité si bien écrite et les ailes noires ne se rapprochent pas de personnes comme toi mais s'écartent, méme elles : bises difficiles pour la nuit mais qui sont le vrai reflet de votre métier et prose digne d'un écrivain car nous fait vivre ce Cauchemar qui avale tt ce qu'il peut : marie.

jupi 25/04/2016 07:35

c'est comme être dans la main du diable , rouge et noir , Marie

Annie06 24/04/2016 19:00

J'en ai les larmes aux yeux. On ne parle pas assez de ces hommes et femmes qui consacrent leur vie à sauver celle des autres. On pinaille sur leur salaire, on les caillasse... mais ces pinailleurs sont les premiers à les appeler pour un petit "bobo". Patrick je suis sûre que vous êtes entouré d'anges blancs car les noirs n'auront jamais le dessus.... vous êtes trop droit et courageux. Je vous embrasse.

jupi 25/04/2016 07:41

tu sais annie c'est la roulette russe, le feu ne te fait pas grâce deux fois, j'ai eu des difficultés à m'en remettre.
Ce jour là j'ai fait plein de connerie, exemple on ne s'arrose pas d'eau.pour se protéger, la vapeur des vêtements dégagée tu brûle plus vite.
le camion du luc derrière moi en a réchappé aussi, mais pour mourir quelques semaine dans le tanneron
il y avait un livre "bronzage d'enfer" ou "quand pleurent les cigales" mis on ne le trouve plus

Catherine54 24/04/2016 16:19

Votre récit est combien émouvant. Je salue tous les pompiers, ils ont une mission hautement dangereuse. Hélas, le quotidien nous le prouve. Respect à tous ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie afin de sauver, bien souvent, celle des autres, blessés, imprudents, inconscients. Respect pour vous aussi Jupi.

jupi 25/04/2016 07:47

Carherine, si tu connaissait le saliare horaire d'un sp volontaire , tu te dirais c'est pas possible , mais ils sont cons de faire ça, j'ai fais ça en paralelle de mon métier, comme un devoir civique.
quans je vois les sapeurs pompiers se faire caillasser là il y a un truc, les pompiers n'ont jamais fait de répression.
Sarkosy après les feux de Vidauban avait on ferra tout pour retrouver les criminels (pipo) et que le métier de pompiers serait reconnu à risque, Oui le métiers de pompiers n'est toujours pas reconnu comme métier à risque, juste une histoire de fric. Putain de politiques menteurs

Roger 24/04/2016 11:19

L pour Larmes
A pour Amour

D pour Danger
E pour Espoir
V pour Vie
I pour Incendie
S pour Sauvetage
E pour Efficience

D pour Douleur
E pour Epreuve
S pour Sauveteur

Sauver ou Périr
Au risque de perdre la vie
Pour venir en aide à autrui
Et pour combattre aussi
Une rude épreuve qu'est tout ceci
Rien ne devait les arrêter
Si ce n'est la mort inopinée

Prêts à braver tous ces dangers
On ne pouvait que les admirer
Même si leur vie était risquée
Pompier, ce fameux métier
Ils l'avaient tout jeune désiré
Et aujourd'hui, ils ont été tués
Rendons hommage à ces pompiers
Silence, une minute de respect!

E pour Explosion
S pour Silence
T pour Tombeau

Sauver ou Périr
Affronter, lutter, secourir
Unis pour le meilleur et pour le pire
Véritable passion, véritable métier
Et grand honneur pour ces responsabilités
Rendons hommage à ces pompiers

Oh quelle douleur pour ceux qui ont perdu
Un des leurs qu'ils ne reverront plus!

Pleurs, peines, malheurs
Et surtout grande douleur
Rien ne devait les arrêter
Ils ont été courageux et dévoués
Rendons hommage à ces pompiers...
Splendide Message trouvé sur le net

jupi 25/04/2016 07:49

c'est très juste Toger, le métiers de pompiers comme métier à risque n'est toujours pas reconnu comme tel, sarkosy avait promis, ça me dégoûte

Gérard Loridon 24/04/2016 11:09

Ce récit d'un moment de ta vie est bouleversant. Et malgré cela tu y est retourné sans cesse pour éteindre le feu certes, mais pas la bêtise humaine car là il n'y aura jamais d'extinction ! Il y a longtemps que l'on aurait du mettre en pratique la lettre de Napoléon au Préfet du var affichée souvent dans les casernes de pompiers.

jupi 25/04/2016 07:55

Ce fut une erreur d'un officier qui a failli faire brûler 4 camion et leur équipage.
Le feu a eu peut être pitié de nous. Ve que qui me fait raler c'est que sarko avait promis de passer ce metier comme métier à risque et qu'il ne l'est toujours pas
Tu sais on trouve rarement le criminel, et il fnit dans une asile comme pyromane, Napoléon aurait fusillé

Chris 24/04/2016 10:53

Très beau texte, j'en avais le coeur serré ... Merci à vous de votre courage et abnégation pour sauver la forêt, les vies au péril de la votre !! Bravo à tous et toutes mes pensées à ceux qui sont partis et à leurs familles .....

jupi 25/04/2016 07:56

beaucoup des notre sont partis, moins ces dernières années, regarde sur wikipédia le nombre de pilotes de canadairs et Bel qui sont morts, cela dépasse les 40 je crois