Le Tipi des Conneries

Publié le 13 Mai 2016

Tout d'abord je publie cette infâme histoire de nuit. En plus je demande l'absolution à tous les gens qui se reconnaitront dans cette histoire croquinolesque

 

 

 

 

 je vous "rediffuse une belle couillonnade de jeunesse. J'avais en projet de vous mettre une recette de tarte à l'orange et au mascarpone mais je n'ai pas le temps et le lit sera le bienvenu

 

DSC09075.JPG

C'était il y a bien longtemps,  en 1970 exactement, je travaillais comme électricien chez mon patron Léo, un bon vivant et farceur dans l'âme. Le travail était moins stressant que maintenant et tout se déroulait dans une bonne ambiance dans ces métiers du bâtiment.

Depuis peu j'avais mon permis en poche et mon patron me lâchait dans la nature tout seul au volant de "l'estafette blanche".

 

Un matin au petit déjeuner, oui Moâ j'arrivais à l'heure à l'atelier , ou alors c'était lui qui était en retard, il me dit :
- Il faut que tu aille dépanner le Tipi d'Annette, gàri*
- Comment ça un Tipi, un Tipi indien ?
- Pourquoi, tu as déjà vu des Tipi provençaux ?
- Heu non, mais un Tipi en panne  jamais.
- Allez , vaï*, couillon au moins tu seras moins bête après, tu me raconteras. Et traine pas trop què, pistachier*
Image du Net, ba voui les APN n'existaient pas à l'époque

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/75/Karl_May_Museum_Tipi.jpg

Annette était un peu exentrique ça je le savais sa mère aussi d'ailleurs, mais bon un Tipi ! Dans ces années là il ne fallait s'étonner de rien. Il y avait une tribu babacool d'ailleurs qui avait un camp à Salernes  dont le chef s'appelait "Cheval Debout", vrai, cela paraissait régulièrement sur nos journaux car ce "Cheval Debout" n'avait pas d'atomes crochus avec le Maire de cette localité. Ce pauvre maire venait juste d'arriver à faire partir un faux camp de Touaregs, mais ça c'est une autre histoire . Non, mais ! des touaregs sous les pins, avec des chameaux en plus

 

Donc Anette + Tipi, pourquoi pas. Tipi + électricité , heuu!
Tchilin, tchilin* je me rends donc chez sa mère afin qu'elle m'indique l'endroit où sa fille avait planté son Tipi, c'était à cent mètres de la maison, pas folle l'Annette, Tipi oui, mais wc et douche pas loin.
Mazette c'était un vrai Tipi, un vrai de vrai, c'est grand ces machins. Je pense que c'était un vrai importé , il était magnifique, déco et tout et tout.
- Smac, smac , bonjour annette qu'est ce qu'il t'arrive
- Depuis le milieu de la nuit il n'y a plus d'électricité dans mon Tipi
-Tu as le courant la dedans ? et il vient d'où?
- bé oui , on est pas des sauvages, le câble vient de chez ma mère.

 

Je me suis dis c'est bon c'est une biquette qui a dû bouffer le câble , il y avait des biquettes partout, babacool = biquette = fromage de chèvre.  J'en vois une avec les poils tout hérissés, c'est pas vrai je rigole. Donc je suis  la gaine et là ,  surprise le câble était intact, pourtant j'étais prêt à dégainer , "elles sont cons tes chèvres". Après sondage du départ cela ne pouvait venir que de l'intérieur de cette casba en toile.
Je rentre dans le Tipi, et alors là , surprise, tout le pourtour était occupé par de grandes banquettes recouvertes de fourrures plus ou moins synthétiques, avec des poils de bêtes et d'autres poils connus, et sur ces banquettes, des corps  Zhumains tous mélangés, gonzesses , mecs et même des hybrides,  qoâ, vous voulez un dessin, un vrai puzzle. Un mikado inextricable, un bras ici, une jambe poilue là
1970, cela vous dit quelque chose, bon, Woodstock aussi, et bien j'avais devant mes yeux une bactérie de Woodstock en gestation, prête à proliférer.
Canettes pêle mêle, fumée omniprésente, odeur indéfinissable. Bof, je vais faire le blazé; me dis je. Sans faire attention aux centaines de kilos de chair rose et manquant de soleil, je lui demande :
- il aboutit où ce câble ?
- là dessous, sous la banquette près du frigo?
Ben oui, boivent pas tiède les hippies sans lit. Il y avait un moulon* de multiprises dans les fourrures, morpions compris, de quoi foutre le feu mille fois. Guitares, amplis etc......
- mais patrick c'est la lampe qui ne  fonctionne pas
- où la lampe ?
- la haut à coté de la boule
Malgré le brouillard épais et persistant je voyais une boule à facettes et un projecteur tournant à gélatine , tout en haut du Tipi.
- oh annette comment t'as fait pour quiller ça la haut, putain c'est haut ?
- on l'a mise en montant les perches banane !
- ah, et comment je fais pour monter la haut ?
- t'as pas d'échelle ?
- si ensuquée de la lune, mais double si haute non, et simple je l'appuie où, sur les murs ! pfeuuu, des murs !
- ah ouais ...et si on te tient l'échelle à tous
- avec qui, tes zombies d'en bas, t'es fadade ou quoi? tu veux pas que je te mette  un paratonnerre à connerie aussi ,parce qu'ici  elles tombent drues il me semble !
- attends encore un peu ils dorment, après tu verras ils sont forts.
- forts ? fort de graisse et de bière oui, tas d'avachis, végétariens, là je pense au haschish.
- viens on va boire un thé chez ma mère, on va bien trouver un moyen.
Et oui annette était anglaise mais qui parlait le franglais avec l'accent de provence, si ça existe je vous jure !
Ouf de l'air pur, j'avais peur qu'elle me fasse boire une mixture quelconque au ginsens où autres bizarreries poivrées, ce coup la , elle me l'avait déjà fait.
Quatre thés au citron normaux plus tard j'étais survolté, et puis bon le temps passait, mais à l'époque le téléphone était rare et les portables fonctionnaient encore au silex, belle époque tout de même. On était pas emmerdé tout le temps.

Bref, retour dans le Tipi des bras cassés
.Quelques uns et unes étaient vaguement réveillés , mais sans doute en plein rêves éveillés. J'étais téméraire en ce temps là, mais pas rassuré pour la suite.
- putain , anette t'as pas un truc fort pour les réveiller tes zoizeaux de nuit.
- bien tu sais on a plutôt des trucs qui endorment, des trucs cool
- tu vas voir je vais leur balancer le jus où je pense ils vont se bouger le cul!
- cool patrick, je te vois bien énervé, positive un max , prends-le du bon coté (je vous évite les blagues à deux sous grivoises , à souhait)
- Cool, cool, cool, évidemment avec l'herbe et autres substances que vous prenez, tout est cool, oh ça fait deux heures que je suis ici, juste pour une ampoule de merde perchée en galère dans une tente de mes couilles , hoooo annette je crise là. ! et mon patron il va dire quoi ?
- et alors prends ton temps, krishna nous enseigne la patience
- et la fornication aussi ! non la j'invente
- je te préviens je vais poser l'échelle contre la toile , te plaint pas après !
- ah non !
- alors réveilles un de tes singes et fait le monter au poteau !
- ils sont si fatigués de la nuit
- je vais le secouer ou les griller comme des porcs , oui!
Manifestement la fumée et les thés ne faisaient pas bon mélange, le pire c'est que je m'en apercevais presque.
- allez viens dehors tu vas te calmer, à ce stade là on va se fumer une clop tranquille tous les deux et ça ira mieux
J'ai pas percuté, je devais avoir pris déjà une bonne dose dedans, clop, clop, pourquoi pas .
- ça vas pas tu as l'air tout drôle, je préférais quand tu étais énervé
- beuuuuuh, c'est bizarre on dirait que je plane sur le dos d'une libellule qui a des hoquets.
- viens sous la terrasse , près de la maison , je vais te mettre un linge mouillé sur la tête
- oui anette , mais une serviette avec des fleurs oranges alors !
Me voila allongé sous la terrasse au frais avec une espèce de turban humide autour de la tête qui devait avoir triplé de volume. malgré la tête qui flottait vaguement, me voila parti en train de lutiner Annette qui était fort appétissante. Qoâ, vous n'avez jamais été jeune en 70 ?
Bref l'affaire était bien engagée , lorsque j'aperçois  la R16 Renault bleu flashi de mon patron arriver.
- oh, petit couillon c'est Léopold qui te parles
Mauvaise limonade, quand il disait son vrai prénom , c'était pas bon.
- tu joues au fakir lubrique maintenant, pendant les heures de travail, t'as fini au moins.
- heuuu, presque, j'attends de l'aide
- en ce moment je vois que tu es bien aidé, tu te démerdes pas mal , t'as pas choisi une vilaine, debout et qu'on en finisse, c'est où feignasse.
Gniii, gniii, quelques explications plus loin on arrive au Tipi
- c'est quoi ce "chose" ?
- rien patron , juste un Tipi, il y en a beaucoup dans la région
- pfeuuuuuuuuuuu ! ce qu'il ne faut pas entendre! oh t'as fumé quoi ?
Anette restait muette, les colère à Léopold étaient connues dans tout le village (vrai)
Bref;
J'ai oublié de vous dire que l'été mon patron marchait tout le temps avec des tongues infâmes, alors que moi en short j'étais obligé de mettre de gros souliers en cuir (dans le bâtiment il y a toujours de méchantes choses qui traînent, rester sur les barreaux d'une échelle pendant deux heures par exemple avec des semelles fines c'est une torture kho lanta c'est de la rigolade à coté ) avec de fortes chaussettes, vous voyez la dégaine lorsque j'allais boire un coup au bar pleines d'estivantes, Casséééé !!!
Et crac le Monsieur se pique le pied juste en entrant dans le Tipi, mais non pas sur une seringue , hola on était en 70 , mais juste période herbes de chanvre.
C'était tout bêtement une épine de cade sèche, ces couillons faisait brûler du cade pour que la fumée les purifie.
Il venait donc de s'imaginer le pire, en plus c'était un sanguin le Monsieur, je vous dis pas le cri, même le grand manitou aurait perdu toutes ses plumes. Les indiens d'occasions aussi. Pardon eux ils perdaient les poils.
- lopettes , tas d'enculés de merde, c'est une porcherie ici, "vaou garça fué qui dedin per tout désinfecta, dgens et besti" -je vais foutre le feu la dedans pour tout désinfecter, gens et bêtes- et où elle est cette panne ?
- la haut, j'attendais que les gens , pardon lopettes, se réveillent pour qu'ils me tiennent l'échelle à coulisses
- vouai, vouai ! en attendant c'était pas l'échelle que tu avais dans les mains. Tu vas voir un coup de tronçonneuse et je vais te la raccourcir moi, la perche. Si je ne vais pas à l'ampoule ............(là, jupi t'es nul)
- non dit annette d'un coup, on se la changera  nous même.
- c'est pas beau çà, trois heures que mon couillon de biche (c'est moi) branle rien , et il faut plus rien toucher en plus ! non mais !
- allez zou , arrives toi, tu viendra finir ce dépannage ce soir après tes heures de travail, et gratis.
- pas de problème patron, je vais y arrivé tout seul, j'en suis sûr.
- je l'aiderais dit anette
- j'y compte dit Léopold

Heureuse époque, patron compréhensif, pas de DRH, no problemo, ainsi se passait la vie dans nos petits villages


Plus tard dans l'atelier au retour , Léopold me dit : il faut toujours satisfaire la clientèle, mais , apprès avoir encaissée la facture.
Pas folle la guêpe

Je m'excuse de vous avoir obligé à lire ce tissu de bêtises...........

*gàri : pitchoun , petit garçon affectueusement , mais cela veut dire rat en réalité
* vaï : allez, allons y
*tchilin, tchilin : doucement , doucettement
*moulon : un gros tas , beaucoup, un moulon de sable, amoulonner , faire un tas

 

Rédigé par La Cachina

Publié dans #Galèjades

Commenter cet article

VeryEasyKitchen 20/05/2016 08:45

elle m'a bien fait rire ton histoire.

jupi 20/05/2016 10:38

l'époque était propice à bien de rigolade, maintenant tous les gens sont tristes

Marie-France 15/05/2016 20:29

Moi j'adore tes histoires, elles me font bien rire! Bonne soirée, bises

jupi 20/05/2016 10:36

dans celle-ci il y a une grosse part de vérité marie france.Bises

Christèle 15/05/2016 15:40

70.... année de ma naissance !!! J'ai bien rigolé avec ton histoire !! Bises Patrick

jupi 20/05/2016 10:35

tu sais c'était une bonne époque christèle, j'avais 18 ans à l'époque.Bises.

robertmantova 14/05/2016 21:59

génial!

jupi 20/05/2016 10:34

presque du vécu robert

christiane 14/05/2016 20:47

J'ai connu cheval debout (un copain avait gratifié sa compagne de jument assise !!!!) en randonnant du coté de Salerne où ils vivaient dans leurs tipis. Tout une époque

jupi 20/05/2016 10:33

je n'ai jamais vu jument assise christiane, on avait de drôles de zigotos à 'l'époque'

Liliane 14/05/2016 19:20

Et tout ça, ça se termine comment ???
Bonne soirée au Sud. RÔOOoooo bisousssSSSS Jupinou.

jupi 14/05/2016 19:43

m'enfin, tout le monde veux la fin, hein

ils attrapèrent tous les deux une mst

rooooooo bisousssssssssss

envolée sauvage 14/05/2016 12:15

coucou mon Jupinou, je me suis plongée, pendant quelques instants, dans un village où il fait bon vivre ! bon, ok les années 70, je les ai connues mais point vécues comme ces zigolos ! Cheveux longs et idées courtes ? :-)))
merci pour ce petit moment d'évasion ! histoire vraie qui ferait un bon court métrage ... !
gros gros bisous mon Jupi et prends bien soin de toi

jupi 14/05/2016 19:05

ça fait plaisir de te revoir. C'était de belles années sans tracas, je ne sais même pas si l'anpe existait.
Des histoires comme ça j'en un "moulons" tas , en réserve, mais je tape trop lentement en faisant des fautes inexcusables

Gros gros bisous à toi aussi et que Dieu te donne longue vie

Catherine54 14/05/2016 11:34

Quelle heureuse époque révolue. Quel merveilleux conteur vous faites Jupi, j'adore lire vos galéjades, même si le temps est moche, c'est toujours du soleil que vous nous apportez. Merci et bonne fin de semaine.

jupi 14/05/2016 19:08

il faudrait au moins que je les édite papier car j'en ai aucune sauvegarde. j'en ai d'autre dans la tête mais en ce moment c'est en vrac, le bon gros soleil va remettre tout ça bien en ordre, j'adore la canicule, les senteurs de résines, l'air qui brasille

la pluie c'est la mort pour moi, pourtant sans eau on meurt.

je vais essayer d'en taper une autre
good WE

René 14/05/2016 10:27

Bonjour Jupi.
Il faut bien que jeunesse se passe ......J'ai sans doute fait plus, comme certains, mais chutt !!!! Hihi. Bonne journée à tous *.

jupi 14/05/2016 19:09

c'était une sacré époque, dommage que l'on ne puisse pas revenir en arrière !

jluc 14/05/2016 09:10

Voueï...et la fin ?
Bon on a compris mais tu sais, il y a prescription ! rire;
A quand un recueil de petites galéjades provençales?
Adiou Patrick, portes toi bien

jupi 14/05/2016 09:15

il n'y aura pas de recueil jean luc, juste quelques feuilles que je lèguerai à ma postérité qui dira : il était gaga notre pépé
que Dieu te garde en bonne santé, et même si le printemps est pourri profites en.

si tu passes par chez (dépêche toi) il y a de grosses cerises burlat qui t'attendent

Maïté 14/05/2016 09:00

L'histoire ne dit pas si tu es revenu le soir !!!!!!!

jupi 14/05/2016 09:17

M'enfin , on finit toujours le travail commencé Maïté, mais il y a si longtemps. C'était une belle époque

Le vieux Scaf 14/05/2016 07:54

Encore une de tes histoires bien provençales comme je les aime.
Tu devrais écrire un livre.
Au fait Anette ??

jupi 14/05/2016 09:24

C'était les histoires des années 70, une belle époque Gérard. Tu sais je ne sais pas écrire un livre , je tape doucement en faisant beaucoup de fautes (médicaments), il faudrait que je trouve un nègre dévoué
Anette ? et bé bien que 4 km nous séparent je n'ai plus de nouvelle, elle voyageait beaucoup, je ne sais même pas si sa maman est encore en vie. tu sais je ne vais plus trop au village, il est défiguré "massacré" par des aménagement urbain qui défigure mon cotignac d'avant, de qui plus le noyaux des cotignacéens diminue, il parait qu'on est plus que 500 sur 2200 habitants -so bad-
profites bien de ton beau cadre cévenol

Lahmi Michelo 14/05/2016 07:47

Gramaci car ami pour cette histoire qui sent bon notre Provence. J'ai rigolé, continue tu as un vrai don de conteur.

jupi 14/05/2016 09:29

c'était les années 70, et c'était comme on dit "cool", du travail pour tous le monde, pas de stress, bon, je ne vais pas dresser la liste.
Notre Provence se meurt, les histoire rigolotes s'estompent.
Racontée en provençal entre amis cela fait chaud au coeur, mais on meurt, notre provençal aussi. Merci de lire mes bêtises Michelo