Ce fût un jour de printemps triste

Publié le 27 Novembre 2011


Cela a  se passe dans les années 90


Il a des jours de grande tristesse qui marque toute une vie. Cette histoire m’est arrivée alors que j’étais encore SPV. Notre VSAB (véhicules de secours aux accidentés et blessés) était partie sur un secours routier pas loin de la commune à environ 6 Km

 

L’équipe du VSAB était déjà arrivée depuis un bout de temps et le chef de corps ainsi que moi-même avions été prévenus bien plus tard

C’est donc en sureffectif que nous nous rendîmes sur les lieux de l’intervention. Nous savions seulement par le trafic radio que c’était « un deux roues contre Véhicule léger » Toutefois le SMUR et l’hélico avait été demandé

Vous savez , nous sommes armés par une carapace  fictive afin que ces accidents ne perturbent pas trop notre vie familiale de tous les jours, mais malgré cela certains accident nous laissent des cauchemars à jamais (exemple enfant en bas âge noyé dans la piscine de leurs grands parents)

Donc, ce jour là, était un beau jour de printemps, où les feuilles sont d’un vert tendre, les oiseaux sont omniprésents tous content de retrouver un temps favorable, et l’air était tiède, bref un jour idyllique pour balader

Justement un groupe de motard avait décidé de faire une balade sur la route qui longe l’ancien « train des pignes ». Oh non ce n’était pas des « hells angels » seulement un groupe d’amis avec leur compagnes en cavalière qui flânaient profitant de cette belle journée

 

En arrivant sur les lieux du sinistre, il n’y avait rien de spectaculaire, l’hélico était déjà là le SMUR aussi et le  VSAB au milieu de la chaussée sécurisée par la Gendarmerie

 

Une voiture avait grillé un stop coupant la route à un couple de motard .Il y avait 3 blessés, un légèrement incarcéré dans la voiture, le conducteur de la moto avec une fracture ouverte à la cheville et une jeune fille casquée sur le dos au milieux de la chaussée sous les ombrages caressant des ormeaux en bourgeons

Le médecin du Smur me fit signe pour que je vienne auprès de lui l’assister auprès de cette blessée

On aurait dit une poupée simplement allongée en train de dormir sur  le bitume, aucune blessure n'était apparente, seule sa couleur porcelaine ne pouvait mentir sur son état.

Il me dit simplement de lui tenir la main et de lui parler. Elle avait les yeux clos et le visage paisible. Je pris sa petite main froide (j’appris par la suite qu’elle avait 18 ans) dans la mienne et tout en commençant à lui parler pour la tenir un tant soit peu éveillée  dans son coma sans doute je compris que le médecin avait déjà fait sont diagnostic et que s’il était parti s’occuper des autres blessés cela était ou un très bon signe ou un très mauvais

Tout en lui parlant je sentit d’un coup quelque chose qui quittait sa main qui devint quasiment glacée, je compris, « moi le mécréant » que la mort venait de passer et que l’âme partait, ce fut un instant terrible , non racontable par des mots.

Pourtant endurci à bien des drames de ce genre, les larmes me vinrent aux yeux car cela était vraiment trop injuste en un si beau jour et j’avais été impuissant sur tous les tableaux à empêcher cela. Instinctivement alors que cela n’est pas mon habitude, je fis une petite prière et puis je recommandais son âme à Dieu afin que cela se passe le mieux possible.

Toute cette scène se déroulait sous de frais ombrage  où les oiseaux chantaient le printemps revenu

Ce retrait de la vie fut pour moi une « expérience » très dure et cela me plonge dans une profonde tristesse chaque fois que je raconte cette histoire à des gens autres que des pompiers

Je n'ose même pas imaginer le désarroi et la profonde tristesse de ses parents et amis quand ils apprirent sa mort

A ces jours je ne m’explique toujours pas pourquoi ce concours de circonstance sm’a autant affecté et m'affecte encore

 

J’espère que Dieu aura su prendre soin de cette jeune âme en ce jours de printemps qui aurait du être heureux. Quand à moi je garde pour toujours ce retrait dans cette menotte de la vie vers la mort, c’est très dur, très dur!

Oui vous allez dire que comme pompiers j'étais une chiffe mole un peu trop sensible, mais non , ce n'était pas ça !

 

Patrick

Rédigé par jupiter

Publié dans #Divers

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chantou 29/11/2011 18:43


celui ou celle qui resterait insensible devant un tel spectacle ne mériterait même pas le nom d'être humain, et je ne pense pas que l'on puisse s'endurcir devant la mort de qui que ce soit !
merci de partager ces émotions. Bisous

..Marithé :0010: 29/11/2011 15:20


tu sais mon jupinou, j'ai les larmes aux yeux en te lisant , tu es très sensible  et c'est pour ça que tu as senti, la vie  de cette petite jeune fille s'en aller  et 
certainement te remerceir de lui avoir tenu lamain..Si tu y pense toujours  c'est que son âme  est avec toi mon jupinou ..elle n'a pas été seule  pour partir tout là haut, tu étais
là , toi un inconnu, mais  aussi une  âme bonne, charitable  et même  si la vie est passée,  tu vois que son souvenir est encore avec toi .


je crois que tu as connu un moment magnifique


gros bisousssss, mon jupinou  et prends bien soin de toi


 


ici il pleut, il vente ..

Belisama 28/11/2011 15:54


Je travaille dans le milieu hospitalier et j'ai souvent accompagné des personnes en fin de vie et non vous n'êtes pas une chiffe molle, mais un être humain avec du coeur, malgré les années on
n'arrive jamais à se blinder, et c'est heureux car sinon nous n'aurions plus de moyen d'aider les gens comme vous avez aidé cette jeune femme. Merci pour votre témoignage, il est magnifique

Dame de Coeur 27/11/2011 21:46


bonsoir Jupi !!non non non tu es pas une chiffe molle !!tu m'as emue avec ton histoire tu es un grand monsieur avec un coeur plein d'amour est dans ce dernier geste c'est se que cette jeune fille
a compris elle ta laisse un message est tu le partages avec nous ::mais ne sois pas triste elle veille sur toi est si tu racontes cette histoire la de suite c'est quelle vit a travers elle
!!ainsi elle n'est pas oubliée!!que dieu te garde monsieur Patrick!!!


bisoussssssssssssss 

Titanique 27/11/2011 20:41


Non, tu as été humain, et la petite à pu partir apaiser, personne ne peut comprendre le désarroie devant la mort, tout le monde réagit diférement, j'ai trouver mon frére mort chez lui, au
bout de 5 jours, cette image réstera graver toute ma vie ! je ne ferais jamais son deuil !


Amitiés


Annick

bruno 27/11/2011 17:08


cher ami  le recit de  ce depârt si triste de cette enfant et la façon si douce dont tu nous fait partager ton émotion et ta tristesse nous rendent  plus proche de toi


  merci et bonne santé Jupi et longue vie    bruno

René l'anchois 27/11/2011 17:03


Tout simplement ...RESPECT ... à la profession des SP.

LA CIGALE 27/11/2011 16:20


Par ton récit tu m'as transmis ton état d'âme si en le partageant ça t'enlève un peu de ton cauchemard et ton chagrin ce sera un début .... Que de tristes choses tu as dû voir durant ton
service ...les souvenirs sont douloureux ...essayes de ne penser qu'aux meilleurs ... Un bon dimanche cher Patrick et de gros bisous . La cigaler

Liliane 27/11/2011 15:42


C'est beau comme tu t'exprimes... Tu m'as mis la larme à l'oeil... Tu es formidable mon Jupi, plein de sensibilité et de gentillesse... Ce sont des qualités exceptionelles ! Merci tu es
formidable.
Gros bisousssSSSS. Prends grand soin de toi...

Danielle 27/11/2011 12:28


Bonjour Jupi,


Une chiffe mole?? non, un ètre humain avec du coeur et plein de sensibilité! J'admire les pompiers, pleins de dévouement et parfois mal récompensé.


Cette petite est partie j'en suis sure en sentant la chaleur de ta main.


Ton récit m'a mis les larmes aux yeux car il me remémore un drame arrivé pas très loin de chez moi.


Un dimanche les pompiers sont appelés pour un accident de voiture très grave et quand l'un deux arrive c'est son neveu et sa nièce qui sont dans la voiture: morts. Personne ne s'en ai encore
remis.


Bises

Eliane 27/11/2011 11:50


simplement que tu es un etre humain, un vrai qui n'est et ne sera jamais insensible devant la mort


tu fais un métier bien difficile et bravo pour ta profession , on a bien besoin de personne comme vous.


bon dimanche

Philippe 27/11/2011 10:27


Bonjour Patrick a.k.a. Jupi.


En tant que lecteur régulier et anonyme, ton témoignage me touche beaucoup et me prouve quel grand personnage tu es. Je suis
sûr que cette prière inhabituelle et spontanée t’est et te sera retournée par centuple. En lisant et relisant tous tes billets, j’ai découvert une personne avec de très grandes valeurs et c’est
pour cela que beaucoup de choses t’affectent. Je pourrais dire : heureusement qu’il y a encore des gens comme toi.


Je crois pouvoir deviner que tu n’es pas spécialement un ventilateur (fan) du pays de "La Case de l’Oncle Tom" où ils disent,
à tort et à travers, «God Bless You». Pour cette raison, je termine avec «QDTB».


Amitiés d’un ami qui se trouve là, plus haut, au pays des vaches violettes.

jacqueline 27/11/2011 09:53


je pense à tous ceux et celles dont l'âme quitte le corps sans main compatissante à leurs côtés...

lizagrèce 27/11/2011 08:59


Cela a dû être terrible. Etre pompier justement c'est vouloir sauver les gens, pas les accompagner jusqu'au dernier voyage. C'est cela aussi qui t'a troublé et c'est compréhensible.


Hommage à ce corps de métier si diffcile !

:0014: ♥ dom ♥ 27/11/2011 08:05


C'est très émouvant. Et je comprends ton sentiment d'avoir senti son âme s'envoler.


Elle est certainement partie sereine, te sentant à ses côtés et je suis sure que maintenant, elle veille sur toi.


tu n'es pas une chiffe molle, tu n'es qu'un homme normal.


Bon dimanche.
Bisoux


cricri d amour :0025: 27/11/2011 07:55





Jupi ...une chiffe molle,


tout de suite les grands mots.


Moi c'est pas comme ça que je te vois.


Enfin, ça ne doit pas être facile à vivre.


Mais peut être, grâce à toi, elle est partie sereine et maintenant


elle veille sur toi.


Bises mon bon Jupi.

barbajuan 27/11/2011 07:42


Non mon Jupi tu n'est pas une chiffe molle. Même avec votre carapace vous restez des Hommes voir partir une vie même si on ne la connait pas est un  instant très douloureux. Mon Papa en
temps que chef de corps se déplaçait souvent sur ce type d'accident pour seconder ses hommes. Et quand il rentrait le soir à la maison on ne pouvait pas lui parler. Il s'enfermait dans le bureau,
il nous disait "j'ai du travail fichez moi la paîx" mais je crois qu'il pleurait. C'est un travail ou tout ce fait dans l'urgence et ou tout est à inventer selon la situation, c'est stressant et
il est normal de craquer quelquefois. Ton texte ainsi que celui de l'autre jour m'ont  fais remonter plein de souvenirs au bord des yeux. Bisous Jupi

mado 27/11/2011 07:03


Bien qu'il soit très dur ton souvenir, il est cependant très doux. Elle est partie par une belle journée de printemps, peut-être sans même s'en rendre compte. Un jour où je rentrais chez moi, à
quelques kilomètres d'Annecy, une belle fin d'après-midi d'été, à un carrefour, une voiture au milieu de la route, tous feux allumés sécurisait une blessée, tombée d'une moto, qui gisait sur la
chaussée. Les secours n'étaient pas encore arrivés, mais il y avait suffisamment d'automobilistes arrêtés, j'ai poursuivi mon chemin. J'ai appris quelques jours après que cette jeune fille était
décédée dans cet accident. Chaque fois que je passe à cet endroit, et c'est très souvent, j'ai une pensée pour cette jeunesse perdue. Bonne journée.