Le chasseur de geais 5/5

Publié le 4 Mars 2016

le chasseur de Geais (5/5)

5/5

 

- C'est pas tout, mais file moi à boire, j'ai la pépie*.

- enfin une parole censée de ta part, mais tu pourrais le demander poliment !

- c'est vrai que toi c'est pas en escrabouillant* les mouches sur ce comptoir que tu vas attraper des suées !

- tu sais ce qu'elles te disent mes mouches ?

- m'en fouti (je m'en fous), tu vas me servir à boire Tavan Merdassier* !

Re-bruits de toutes sortes.

 

Violette était une vieille fille à moustache et n’avait pas peur des hommes.

Bousculant les quelques curieux elle entra dans le bar :

- je voudrais bien savoir de vous deux, qui a tiré dans la gouttière ?

- c’est moi, dit, Marcéou, mais c’était un accident.

- accident d’ivrognasse, voui ! Vous êtes beaux là, tous les deux, pas un pour rattraper l'autre !

- c’était du petit plomb, tu sais, ce doit être de petits trous, et puis tu n'as qu'à mettre un géranium en dessous, comme ça l'arrosage sera gratuit.

- et en plus tu te fout de moi ! et bé, les trous, c’est le couvreur qui viendra voir et qui t’enverra la facture.

- oh, je ne t'ai pas détaoulisser* la baraque tout de même, surtout avecque du petit plomb !
Elle vira les talons et sortie de ce lieux de perdition,et tourna la tête pour dire :

- et c'est pas la peine de barjaquer * des histoires derrière mon dos, hommes de peu de foi !

- bé si , on on a un gros foie

Les badauds n'eurent pas le temps de commencer à blaguer, les gendarmes arrivaient dans leur rutilante et toute nouvelle Juvaquattre.

Les explications furent assez compliquées :

Comment croire un "individu" armé dans un bar, qui vient de tirer un coup de feu dans la rue, devant deux verres de bière, et qui raconte avoir trouvé une tête humaine !

Record de vitesse, 1 heure et quart après et quelques boissons (oui il fait chaud et soif aussi, et les gendarmes peuvent boire s'ils enlèvent leurs képis) Marcéou débarrassé de ses outils de chasseur, pris la place d'un malfrat(sans les menottes) dans la voiture pour guider nos pauvres gendarmes.

Du chemin carrossable à la gorge de cinq heures, il y avait encore un travers* à faire à pied.

Passons sur les détails des uniformes des gendarmes et de l'amour que portent toutes les espèces végétales piquantes à la maréchaussée.

Quelques personnes du villages, les "riches", ceux qui avaient des voitures, c'étaient rendues sur les lieux aussi, au grand déplaisir des gendarmes évidemment.

Marcéou ralentissait son pas, pour attendre, mais il était maintenant impatient d'avoir une explication de la part des autorités.

Finalement après bien des accros, des moulons* de gros mots, et être tombé dans une merde de tyrex (imaginez le tas de merde par rapport à la bête) ils arrivèrent devant cette fameuse tête. Guidés aussi par les oiseaux qui tournaient un peu comme des vautours, oui mais, des vautours de Provence.

Les gendarmes étaient surpris. Comment une tête seule peut se trouver à cet endroit si éloigné.  Il faut dire que la gorge de cinq heures est assez perdue, et en plein massif du Bessillon, il faut vraiment y venir exprès.

Moins bête que son air simple le laissait paraître, Marcéou fit remarquer que cette tête pouvait venir d'un corps (évidemment) et que les renards ou autre animaux avaient tirassée* celle-ci et que le reste devait être quelque part.

Alors que les gendarmes examinaient la tête vraiment pas belle à voir, Marcéou élargissait le cercle de ses recherches. L'air était empuanti par cette odeur de charogne. Il se frotta un peu de thym sur les mains et les avant-bras, pour atténuer l'odeur et aussi comme antiseptique préventif très efficace (VRAI)

En effet, les darnagas*accrochent leurs nourriture (souvent des charognes et des petites souris) sur les épines des buissons, infectant toutes griffures que vous pouvez recevoir (vrai).

Il finit par tomber sur le reste du corps (je vous passe les détails, voir les Experts au USA et Bones). Il appela les gendarmes, en levant la tête, il y avait une corde avec un semblant de noeud coulant.

La personne s'était pendue, ou avait été pendue, pourquoi, comment, par qui, pourquoi si loin ?

Cela on ne le sut jamais, les moyens d'investigation de l'époque étaient très limités. Bien qu'intriguante l'affaire fût vite classée, juste quelques lignes dans les journaux. (Gutenberg venait juste d'inventer l'iprimerie)

De même, pour l'identité de la victime, c'était un homme, mais on n'en sût pas plus.

Marcéou, passa plus de deux jours à la gendarmerie.

Entre la dactylographie balbutiante d'un gendarme, et la traduction des mots provencaux en français, les explications confuses et emmêlées, il fallut bien ce temps là, pour qu'il soit de nouveau autorisé à rentrer chez lui.

Fan de chichourle*, le retour au village serait bien plus difficile que ces deux jours passés auprès de la maréchaussée.
Adèle avait donné pas mal de ces oiseaux autour d'elle si vous faites bien attention et que vous suivez les articles précédents, ces personnes étaient devenues en quelque sorte "antropophages".

 

Mais si vous voulez savoir comment cela c'est passé, il faut me le demander..., mais la, il faut que j'invente et comme mes neurones n'ont pas un bon Karma en ce moment ce sera difficile

 

* pépie : soif des oiseaux qui viennent souvent boire, "oh elles ont la pépie tes poules".
* tavan merdassier : taon qui va pondre ses oeufs dans le crottin, en parlant proprement.

* détaoulisser : détoiturer.

* barjaquer : bavarder, parler à tort et à travers, "aresteti dé barjaqua" (arrête-toi de raconter n'importe quoi).

* travers : désigne plutôt une unité de surface et de temps "on encore un sacré travers de colline pour arriver avant ce soir".

* moulon : un tas, ici employé comme une grosse quantité d'injures, mais on dit aussi un moulon de pierres, un gros , une grosse quantité.

* tirassée : tirassa, traîner, tirer après soi. la tirasse est aussi un instrument araire

* darnaga : pie griège, oiseaux qui accroche ses prises et sa nourriture sur les épines d'un buisson.

* fan de chichourle : fan, fréquemment utilisé dans des formules exclamatives, dans toutes sortes de situations : surprise, étonnement, admiration, désarroi, etc. : Fan de garce ! Fan de petan ! Fan de chichourle ! Fan des pieds ! Oh ! Fan ! etc.

La Chichourle est le fruit du jujubier, alors pourquoi  "fan de chichourle" et bien je ne sais pas, en fait si je sais mais la moralité ne me permet pas de le dire, déjà que je reçois des mails me signifiant que je suis grossier, bof, bof bof !

* escrabouiller :  aplatir, réduire en bouillie, écraser fortement.

 

Moralité  : tout se mange, ce qui vole sauf les avions, ce qui rampe sauf les tanks ,et ce qui nage dans les eaux sauf les sous marins

 

Rédigé par La Cachina

Publié dans #Galèjades

Commenter cet article

Mariane 28/03/2016 18:30

Et tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables.

jupi 30/03/2016 07:58

merci Mariane, celle la je ne la connaissais pas

Liliane 04/03/2016 23:48

Merci Jupi pour cette histoire dont je me régale... Tu es en quelque sorte la mémoire de ton village ! Douce nuit au Sud. RÔOOoooo bisousssSSSS Jupinou.

jupi 07/03/2016 07:25

non,non, pas du tout, certains en savent beaucoup beaucoup plus.


rooooooooooooo bisoussssssss

René 04/03/2016 16:53

Bonjour Jupi.
Les crabes, les crevettes, les homards,les langoustes etc.....Ils mangent quoi ? Les restes de charognes qui se promènent au fond de l'eau....Dur de dire ça mais bientôt sur les côtes grecques et italiennes avec tous les migrants qui périssent, il va bientôt y avoir des pêches miraculeuses de crustacés...Et dire que c'est si bon.....Merci pour ton récit qui a ensoleillé mon après-midi...
Bonne soirée à tous*.

jupi 04/03/2016 18:14

Et oui les charognards marins en profites, comme tu dis c'est de penser à ça.

La grippe frappe ici, il n'y a plus que 9 enfants en maternelle, et une institutrice, on a pas besoin du zyca.

Marie-France 04/03/2016 13:33

Merci pour l'histoire, elle est bien sympa.Moi, j'aime beaucoup ta façon de raconter, laisse parler les teigneux. si ça les dérange, ils arrêtent de lire, point! ton histoire m'a rappelé les romans de Magnan sur le commissaire Laviolette, dont l'adaptation télé reprend demain soir. bonne journée, bisous et encore merci

Florianne 04/03/2016 11:44

Bonjour Jupi et merci de cette histoire qui me rappelle les vacances de mon enfance……… Nous partons pour quelques jours dans la Drôme, qui est la "porte de la Provence"… Soigne-toi bien et tes rediff' sont toujours les bienvenues, le principal c'est que tu prennes du temps pour ta santé! Amicalement fm

jupi 04/03/2016 18:15

merci Florianne, je fais avec ma santé, j'espère qu'avec les beaux jours qui approchent je vais aller mieux. Amicalement, Patrick

Catherine54 04/03/2016 11:33

J'adore vous lire, c'est un bonheur. Quelle belle histoire bien de chez nous. Je retrouve tellement mon enfance, les expressions, les mots si chers à notre Provence, pour tout cela, je vous remercie.

jupi 04/03/2016 18:17

c'est vrai, il ne faut pas trop en rajouter pour être proche de la vérité, ces histoires sont bien finies, dommage, la société même ici a trop changé vite. Merci à vous.
Patrick

Maïté 33 04/03/2016 10:33

Merci Jupi pour cette histoire " savoureuse " elle me rappelle avec bonheur les belles années dans mon village girondin, où le bouche à oreille nous informait d,histoires truculentes !!!!excellente journée

jupi 04/03/2016 10:55

Malheureusement cette époque est bien révolue Maïté, dans mon village de 2200 habitant nous ne sommes plus que 500 du cru, alors..........tout se perd. on va bientôt parler anglais.
Merci.

Monique 04/03/2016 06:44

Je me suis régalée avec cette histoire de chasseur. Elle a la senteur de mon enfance.... et fait le bonheur de mon père à qui je la fais passer !
Merci Jupi ! Bonne journée et haut les cœurs, le printemps arrive ...

jupi 04/03/2016 10:57

je suis bien content de faire plaisir à quelques uns Monique, ces histoires n'ont plus cours, mais on les garde en mémoire, et puis en provençal parlé, c'est succulent à entendre, ça aussi c'est fini.
Journée mitigé , pas de beau soleil.